Archives de la catégorie ‘UNE LILITH DE PLUS. HISTOIRE D’UN MEURTRE LÉGITIME (LIVRE INPUBLIABLE – FRAGMENTS)’

LES CRAVENS
(CYCLE : CHANTS DE WITCH)

/LE TEXTE DE CE CHANT EST FAIT DES FRAGMENTS DU LIVRE
« UNE LILITH DE PLUS. HISTOIRE D’UN MEURTRE LÉGITIME »/
MUSIQUE : YVES JAMET

Les textes du cycle Chants de Witch sont publiés consécutivement sur ces pages,
chaque jour pendant la semaine de 23 juin – jusqu’au 30 juin 2012.
Ensuite, quelques d’eux seront présentés pendant la Sortiariæ Nox (La Nuit des Sorcières),
le SAMEDI 30 JUIN à 23h, à La Cantada, Paris
.

PHOTOGRAPHIE : CHRISTIAN DEMARE (RED BLOOD LILY)
___________________

Le Feu – dans nos yeux – ne s’oublie pas.
Ne se perd pas en nous, jamais.
…Et même si l’amour vrai aurait été cette chose, ce médicament miraculeux, à tous les maux, et qui soignerait la Haine – est ce que pour la TUER vraiment il ne faut pas  T U E R  d’abord ceux qui l’ont fait jaillir… ?

Les Liliths vont brûler dans tous les Feux de ce monde.
Leurs cheveux dans les feux étrangleront vos cous des cravens.

POLTRONS… !

***

…Ce sont les Hommes, qui décident des lois de cette terre, et ce sont les Hommes – ces créatures les plus lâches – qui ont peur d’assumer les Tueries qui en découlent.
L e s  T U E R I E S.
Avez-vous encore peur de le nommer… ?
Mais aujourd’hui, vous n’en avez pas d’autre choix car on vous a démasqué déjà.
Ce sont les Hommes – qui enfantent les exclusions, les persécutions, les barbaries, les ignominies de ce monde, et la bestialité : et ils le font au nom de la loi, crée par eux-mêmes et dont ils gueulent qu’elle est sacrée.
Leurs ignominies, leur bassesse et leur bestialité étant souvent encore plus horribles que les Tueries elles-mêmes.

***

…Et il y a les Liliths.
Liliths qui refusent de vivre dans le monde des Hommes,
une fois s’ayant rendu compte qu’il est le même que celui des poltrons et des codes perfides,
ne servant qu’à mieux cacher le mensonge, la fourberie, l’absence de la noblesse,
et l’intérêt économique des rois-hypoCRItes.

Lilith… ?
Après avoir visité et connaître le monde des Hommes – elle ne pourra plus vivre – que dans le SIEN.
Habiter – le SIEN.
SON monde s’est barré et FERmé pour vous, les HUMAINS.
Son corps et son âme – se sont ENFERmés aussi, car ni son corps ni son âme ne sont plus ni aimants,
ni – encore moins – ingénus ou confiants.

La WITCH – n’est jamais bienveillante pour un HUMAIN.
La WITCH
n’est
jamais
bienveillante.

SON monde devient inaccessible.
Maintenant, c’est à vous, que l’entrée est Interdite.

POLTRONS… !

***

Le Feu – dans nos yeux – ne s’oublie pas.
Ne se perd pas en nous, jamais.

Les Liliths vont brûler dans tous les Feux de ce monde.
Leurs cheveux dans les feux étrangleront vos cous des cravens.

___________

LILITH, WITCH & BALLADYNA,
« UNE LILITH DE PLUS. HISTOIRE D’UN MEURTRE LÉGITIME » (2008/2012)

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Les textes du cycle Chants de Witch sont publiés consécutivement sur ces pages,
chaque jour pendant la semaine de 23 juin – jusqu’au 30 juin 2012.
Ensuite, quelques d’eux seront présentés pendant la Sortiariæ Nox (La Nuit des Sorcières),
le SAMEDI 30 JUIN à 23h, à La Cantada, Paris
.

– I –
IL N’Y A PAS D’ÉPOQUE OÙ JE NE VIVRAIS
(CYCLE : CHANTS DE WITCH)


PHOTOGRAPHIE : CHRISTIAN DEMARE

Toujours il est mieux raconter l’histoire,
qu’écrire sur les faits en les vêtant en abstrait.
Car les gens s’en foutent de l’abstrait.
Ils s’en foutent de ce qu’ils devraient « S’IMAGINER ».
« S’IMAGINER » : ils n’en sont pas capables.
Jusqu’au qu’ils ne doivent vivre de la chose eux-mêmes – ils ne savent même pas qu’elle puisse exister.
Même s’ils disent qu’ils savent bien qu’elle puisse exister.
En vrai, ils ne s’imaginent jamais de la chose imaginée – comme la chose réelle.
Voilà pourquoi l’imagination humaine est une fonctionnalité handicapée, horriblement entichée, faisandée pendant le processus de l’évolution.
La chose imaginée – pour eux – ne peut exister que dans l’imagination.
Même s’ils savent bien que les autres – vivent les choses desquelles eux, ils ne font que spéculer dans leurs cervelles de rebut.

C’est l’histoire – qui les atteint, les touche ou les frappe.
C’est l’effet qui compte – et pas la cause : le déclenchement, catastrophique ou heureux – de tout.
Le ressenti, le sentiment.
…Mais quoi, quand on ne veut pas raconter trop concrètement d’une vie…?
De sa vie: puisque elle est à moi, pas aux autres, pas à ceux qui, dans tous les cas, ne pourraient la voir qu’avec leurs propres yeux – les yeux à eux, les yeux qui ne connaissent pas du même vécu, les yeux DES HUMAINS.
Quoi, quand on a un mépris infini – pour certaines indiscrétions et le concret habillé en bavardage… ?
Quoi, si toute sa vie on s’en sorte grâce aux métaphores… ?

…J’étais une poète, je décrivais mes sentiments.
Et alors j’ai vécu une histoire trop cruelle, trop impossible et trop infernale – et je suis devenue une bête, un monstre barbare, mais aussi une Witch – dont le rire résonne triomphalement.
Je ne me refuse d’aucun moyen – pour raconter l’enfer des humains.
Pas par pas.
Lettre par lettre.
Page par page.

Je vivrai cent ans.
Page par page.
J’ai mille ans déjà.
Des pages presque autant.
Il n’y a pas d’époque où je ne vivrais.

– II –
LA WITCH FAIT LA DIGRESSION PENDANT SON CHANT

En réponse à tous les affirmations des ministres du nouveau gouvernement pas plus noble que le précédant – les ministres et les hommes politiques qui osent affirmer qu’ils « assument », que les autres Humains soient :
condamnés à la Non-Être,
censés à rester Non-Existants, Non-Avançants, Non-Libres –
mais pas seulement : car aussi, très souvent, destinés à l’avilissement, l’humiliation, la destruction et toujours au malheur –
je n’ai qu’une réponse.
Et une question sonnant uniformément.

Est-il :
admissible, acceptable, recevable, possible
vraisemblable, juste, agreeable, passable,
carrossable, franchissable

… !

…qu’à la fin du XX, le début du XXI siècle – les milles des personnes –
vivants sur un territoire, et y vivant souvent toutes leurs vies (la durée est pourtant peu importante) –

S O I E N T
E X P E N D A B L E S.

QUI sont ceux – qui disent qu’ils « assument » le fait que les autres meurent, pendant qu’eux-mêmes vivent sans que quiconque mette en question leur Droit Fondamental : à Être Humain – QUI sont-ils… ?!
Si pas les Bastards.
Si pas les Bastards.
Si pas les Bastards, aveugles et horrifiants.

______________________

(* La Digression de Witch
est directement liée à la « déclaration » de hier, du ministre de l’intérieur du nouveau gouvernement français).

– III –
ALORS, QUI VAINC… ?
(CYCLE : CHANTS DE WITCH)

FRAGMENT DU LIVRE « UNE LILITH DE PLUS. HISTOIRE D’UN MEURTRE LÉGITIME »

ALORS, QUI VAINC… ?
(So, who wins… ?!)
– « Tu te souviens ce que je t’ai dit… ? » – elle entend maintenant les mots de quelqu’un de loin. – « Tu te souviens ta voix d’avant… ?
Trop haute, trop aigüe, tellement vierge, insupportablement chaste, comme vierge et insupportable aujourd’hui à admettre était ton amour pour les gens.
Aujourd’hui… tu ne chantes plus avec cette voix-là.
La voix du passé.
Aujourd’hui, tu cries avec ta voix horrible et atroce.
Tu chantes avec ta voix qui pourrait faire s’écrouler les mûrs et effrayer les Bastards d’ici – et qui pourrait être celle d’une monstre – mais qui est pourtant toujours celle de Femme.
(Pas d’une Femme
Pas d’une Femme
Pas d’une Femme…!)
La voix qui voudrait transpercer les montagnes.

Ta voix… n’est plus une voix de Celle Qui Ne Sait Pas.
Car – tu le Sais déjà.
Tu as souffert beaucoup – pour pouvoir Crier vraiment.
Hurler vraiment – et chanter vraiment.
Chanter…
Ton Hurlement.
Souffrir beaucoup, et de ne jamais oublier ta souffrance – pour que ton Cri puisse sonner comme il sonne aujourd’hui.
Il s’infiltrera dans tout ce que tu feras, et sera présent dans tout ce que tu entreprendras,
il te mènera partout où tu décideras.
Il traversera dans ton chant.
Car il sera – ton chant.
Alors…
CRIE… ! CRIE… ! CRIE… !
Kra… ! Kra… ! Kra… !
CZARNA WRONA Z WLOSAMI UCZESANYMI W PIORUN
NIE WYRZUCI PIORUNA Z DUSZY*.
Jamais.
Voilà, qui vainc.

– – –

Victoire.
COUTEAU dans ta poche.
Désormais.
Et si pas dans ta poche – alors dans ton sac.
Toujours.
Pas d’un jour sans mon couteau.
Victoire… !

– – –

– …Et seulement, il y a cette seule défaite-là – Lilith, Witch, Sorcière, continue de parler. – Ma seule défaite à assumer, à admettre: sans pouvoir le changer.
Même les Witches, mes Sœurs, ne peuvent rien faire dans ces cas-là.

(…)

Dit-elle.
Dit Lilith.
Dit la Witch qu’elle est devenue, qu’elle devient et qu’elle deviendra.

(…)

Le monde – que tu aimais.
En te trompant horriblement.
Dans les deux cas.
Combien ton erreur était grand… !

– …Combien plus grand était le vôtre pourtant.
De ne voir en moi qu’une Femme.

– …Le monde ne fera plus de cet erreur-là, ma Sœur… !
Ma WITCH.
Il ne te dira jamais plus des âneries comme ça.
…Kra… ! Kra… ! Krrrrrrraaaaaaaah… !

– – –

Combien mon erreur était grand.
De ne vous pas Haïr.
De vous aimer.
De ne vous pas Haïr.

– …Combien plus grand était le vôtre pourtant.
De ne voir en moi qu’une Femme.

– …Le monde ne fera plus de cet erreur-là, ma Sœur… !
Ma WITCH.
Il ne te dira jamais plus des âneries comme ça.
KRA… ! KRA… ! Krrrrrrraaaaaaaah… !

_____________

* Langue polon. : Elle, Oiseau Noir Qui Ne Meurt Jamais, les cheveux coiffés en Foudre, ne renoncera jamais la Foudre dans son âme.

« J’AURAIS DÛ DEVENIR FOLLE DE LA SOUFFRANCE.
Et pourtant, NON »
(CYCLE : CHANTS DE WITCH)

/LE TEXTE DE CE CHANT APPARTIENT ÉGALEMENT AU LIVRE
« UNE LILITH DE PLUS. HISTOIRE D’UN MEURTRE LÉGITIME »/
MUSIQUE DE LA PRÉSENTATION SCÉNIQUE : GOTARD

Les textes du cycle Chants de Witch sont publiés consécutivement sur ces pages,
chaque jour pendant la semaine de 23 juin – jusqu’au 30 juin 2012.
Ensuite, quelques d’eux seront présentés pendant la Sortiariæ Nox (La Nuit des Sorcières),
le SAMEDI 30 JUIN à 23h, à La Cantada, Paris
.

B-WITCH – PHOTOGRAPHY OF THE AUTHOR
PAR CHRISTIAN DEMARE

_____________________

J’aurais dû devenir folle de la souffrance – et pourtant je ne le suis pas devenue.
Ne serait-ce pas la preuve que je n’appartenais pas au genre des humains…?

J’aurais dû devenir folle de la souffrance, de l’horreur et de la stupéfaction.

***

J’aurais dû devenir folle de la souffrance.
J’aurais dû devenir folle de l’horreur.
J’aurais dû devenir folle de la stupéfaction.

Et pourtant, NON.
J’ai dit : NON… !
Je n’ai pas dit : « Je suis d’accord – de perdre mes sens ».
Ne serait-ce pas la preuve que ma force était infinie… ?

Mais…
Désormais…
JE – NE – VOUS – A – PPAR – TIENS – PAS.
JE – N’A – PPAR – TIENS – PAS.
ICI.
NULLE PART.
C’est coupé.
Pour de bien.

_________

 

I should have become crazy with the suffering – nevertheless, I am not became it.
I should have become crazy with the horror – nevertheless, I am not became it.
I should have become crazy with the stupor – nevertheless, I am not became it.

I should have become crazy with the suffering, with the horror and with the stupor.

I should have become crazy with the suffering – nevertheless, I am not became it.
Would this not be the proof (evidence, testimony) that I did not belong to the gender of humans …?

***

I should have become crazy with the suffering, with the horror and with the stupor.

Nevertheless : NO.
NO – I said… !
I did not say: « I agree – to losing my senses. »
Would that not be the proof (evidence, testimony) that my strength was infinite …?

But…
Now…
I – DO – NOT – BELONG – YOU.
I am not one of you.
I – DO – NOT – BELONG.
HERE.
Of you.
Anywhere.
Anyplace.
Nowhere.
This is cut.

For good.

For God.

 

_______________________

BALLADYNA Witch, mai-juin 2012
English corrector-redactor desired (moreover, as French).


« IS IT TRUE THAT IT IS PROHIBITED TO SAVE PEOPLE IN THE SEA…?! »*

/Le texte de ce court article fait un des prologues OF THE LIVRE
« UNE LILITH DE PLUS. HISTOIRE D’UN MEURTRE LÉGITIME »/

– « Is it true that it is prohibited to save people in the sea?! »
And yes.
It is true.
Who will dare to tell me again that the « law » merits something more than disdain.

…La mer est partout.
Et partout il y a ceux qui s’éclatent, tels touristes dans les jolis bikinis – et ceux qui meurent sous leurs yeux.
Le même temps.
Le même temps.
Le même temps.



* « C’est vrai qu’il est interdit de sauver les gens dans la mer…?! »
– cit. : « Terraferma » – long métrage d’Emanuele Crialese (2012).

/EN CLIQUANT SUR LES PHOTOS, VOUS POURREZ REGARDER LA VIDÉO-ANNONCE
DU FILM D’EMANUELE CRIALESE/

HAVING AN AVARENESS OF THE EXISTENCE OF SOME IGNOMINY, YOU CAN NOT LIVE « NORMALLY ».
(GO SEE THAT.
…ET FUCK YOU AFTER).

Ayant la conscience de l’existence de certaine Ignominie, tu ne peux pas vivre « normalement ».
C’est à dire « comme LA MASSE croit, qu’il est « normal ».
« Prendre »
ce qu’ils appellent « le plaisir » : « prendre » – l’apaisement, « prendre » – le manque de Force, le manque de la Frappe, le manque de Rage; et accepter leur non cou-Rage qui va avec.

Leurs sourires d’enfants en réaction à un bien-être obtenu avec les yeux fermés, superficiel et sans conséquence pour la Lutte quelle qu’elle soit, leur engourdissement – et celui de leurs corps bien lourds, faisant l’impression d’être en ralenti éternel car telles sont leurs âmes – ne peuvent plus que t’être médiocres, piteux, déplorables. 
SONT-ILS-MORTS… ?!

TU NE PEUX PAS.
Écouter les suggestions des têtes minables – qui, même si chacune d’elles se croit d’être celle d’un « individu » – appartiennent irrévocablement à LA MASSE – t’incitant: « Ah, moins de révolte! », « Tu vas te brûler les doigts…! »
TU NE PEUX PAS.
TU – NE – PEUX – PAS.

Et qu’est ce que diriez-vous en réponse à cette vérité-là…?
…Tout près de vous – vivent :
« les individus – traités comme les criminels, se voyant dénudés, dépouillés, privés des droits les plus basiques qui font d’eux un sujet de droit »
*.

WHAT ABOUT THAT… ?!
VOUS dites Vivre… ?
And what about that – what some are not entitled to have a Lifeby your laws… ?

***

GO SEE THAT** :
 http://www.quilsreposentenrevolte.com/SITE_OFFICIEL/ECRIT.html.
…ET FUCK YOU AFTER.

___________

(LE TEXTE FAIT LA PARTIE DU LIVRE « UNE LILITH DE PLUS (…) » EN RÉDACTION)
* Cit. des propos de la description de long métrage « QU’ILS REPOSENT EN REVOLTE (DES FIGURES DE GUERRES I) » DE SYLVAIN GEORGE (http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=197089.html)
** …si vous n’êtes pas aptes de le voir à côté de vous et dans la vie réelle.

LES FRAGMENTS QUI VONT SUIVRE,
APPARTIENNENT AU LIVRE
« UNE LILITH DE PLUS.
HISTOIRE D’UN MEURTRE LEGITIME ».
JE LES PUBLIE ICI EN REPONSE
à LA LETTRE « D’UN FRANÇAIS QUI MIAULE »,
QUI SE PLAINT
(BIEN SÛR, DES CHOSES BIEN RIDICULES),
ET QUI – AVEC LA FACILITE HALLUCINANTE
ET LE MANQUE DE FIERTE ATTERRISSANTE –
CHERCHE DE LA PITIE ET FINIT COMME MENDIANT
(SA LETTRE ETAIT ENVOYEE, COMME JE SAIS, à PLUSIEURS PERSONNES).

LE RIDICULE ET LE MANQUE DE FIERTE SONT LES DEUX CHOSES, QUI DEPUIS TOUJOURS M’ETAIENT INSUPPORTABLES.

« UNE LILITH DE PLUS.
HISTOIRE D’UN MEURTRE
LEGITIME »


CLXXXVII


Alors elle est dans le métro à Paris.
Des années plus tard.
Des années plus tard, ou des années plus tôt, la même plénitude d’images dans sa conscience et dans ses souvenirs – ça ne change jamais.
– Cet après-midi, j’ai du aller à Saint-Denis – elle raconte. – Et j’étais déjà à l’intérieur du train, quand j’ai vu une Femme Roumaine, peut-être d’un autre pays, je ne sais pas même lequel. Elle était entrée très discrètement dans le wagon où je me trouvais. La Femme, et les deux Enfants : l’un d’eux tellement petit qu’encore porté dans ses bras… La Femme demandait de l’argent à tous les gens dans le compartiment. Et comme toujours, cette même question : « Comment réagir… ? » Comment réagir, en sachant que quatre-vingt cinq pourcent de ce qu’elle collecte ne sert probablement pas ni à elle, ni à ses Enfants : réagir en sachant ça et en même temps en ayant conscience que j’aurai bien sûre les nausées à une seule pensée de détourner les yeux et de faire semblant : « Je ne la vois pas », ou de « faire les yeux indifférents »… ? Je les regardais alors : je les regarde toujours, même si je sais que cette journée-là… je ne donnerai rien à personne. Je ne peux pas ne pas regarder leurs yeux, regarder leurs visages, regarder leurs bouches… – Lilith coupe pour un court instant. – Alors elle s’arrête, elle reste devant moi. Elle reste… !
…Sa main se fixe, sa main se fige et s’immobilise, sa main s’immobilise, une main dirigée vers moi pendant des secondes, et des secondes qui semblent se prolonger en minutes, et les minutes c’est pas peu, si on a devant soi une main dans laquelle il n’y a rien et où on sait qu’on ne mettra rien non plus, parce que ce n’est pas ça qui va tout changer, ni pas ça qui va leur rendre leur fierté…
La Femme chuchote quelque chose à l’oreille de sa petite fille, la Femme au visage épuisé, la Femme portant un bébé léger comme jamais n’était son cœur, la Femme… Elle s’éloigne.
Mais la fille… !
Maintenant c’est elle.
C’est elle, qui me demande.
Qui insiste.
Qui répète les mêmes mots.
Qui réclame.
Et je ne supporte jamais d’être suppliée : personne dans ce monde n’aurait du devoir apprendre à supplier une autre, devoir supplier…
Supplier… !
Supplier qui que ce soit.
La vie ne doit pas apprendre ça, la vie ne doit pas donner à certains seulement cette dernière chance et ce mode de survie le plus bas, la vie ne doit pas apprendre aux gens qu’il y a seulement cette solution-là.
Fermer, en frappant devant les gueules des exclus la porte derrière laquelle il leur serait possible de ne jamais perdre de la dignité, cette chose sans laquelle pas de question de parler de la vie en bonheur.
La vie ne doit pas faire ça… !
Normalement je m’énerve, je deviens la rage personnifiée.
Ne – ja – ma – is – de – man – der.
…Elle réclame… !
Je ne peux pas m’énerver : pas cette fois-là.
Pas – cette – fois – là.
La fille, petite fillette, est tellement jolie, d’une beauté encore enfantine mais je vois que c’est déjà une beauté terrible : celle d’une enfant qui a beaucoup souffert et trop vécu.
TROP.
Je me dis qu’elle a alors le droit de réclamer tout : et oui, elle a même le droit de réclamer que ce putain monde disparaisse… !
Sa présence, toujours associée avec la voix demandeuse, commençait pourtant à être imposante jusqu’à l’insupportabilité, et avec cette main, et avec les mots toujours en répétition : « S’il vous plait »…
Je ne pouvais pas ne pas ressentir sa souffrance, celle qui a du jaillir d’elle, la souffrance de toute sa silhouette, cette souffrance dont elle ne se rendait peut-être même pas compte encore, souffrance des prochains jours, souffrance de la conscience des regards remplis de pitié, souffrance – qui va venir… ! – quand elle deviendra une femme, et quand elle verra la complaisance dans les yeux des jeunes hommes, des adolescents et des vieillards, la complaisance à la place de l’enchantement, la pitié à la place de l’ardeur…
La souffrance.
Et la haine.
La haine… !
Celle qui va venir – puisqu’elle est meilleure que la résignation.

Marchant dans la rue, ayant dépassé la ligne du trottoir, elle va se rendre compte qu’elle est sur la marge – et marchant toujours comme ça, elle va s’imaginer qu’une voiture arrive et elle ne ralentit pas, et elle va visualiser cette voiture, arrivant de derrière, la voiture qui ne ralentit pas non plus, et qui frappe dans son dos – et qui s’enfonce, s’enfonce, s’enfonce… !
Elle ne va pas avoir de l’image suivante comme on a dans l’état normal : puisqu’elle ne vit pas dans l’état normal – alors aucune image de fuite, elle ne fuira jamais la souffrance ni le mal, puisque le mal ne sera plus le mal, et la souffrance ne le sera pas non plus.
Elle va s’imaginer la suite, une image subséquente : la voiture continue, et elle, elle s’y enfonce, elle avec toute sa chair et toute son âme, sous et avec la voiture, en sentant ce mal, recevant le mal avec pleine conscience, le mal de se faire avaler, tout son corps sous la voiture qui l’avalera et l’ingurgitera, sentir son corps, ensemble avec tout ce qui l’écrase, s’alliant avec les parties métalliques de voiture et avec la terre, la pierre, le béton.
Le mal – elle ne le sentira plus comme le mal, le mal sera une libération du mal qui existe.
Parfois, le mal qui existe et qu’on porte en soi, est tellement grand qu’il ne peut s’effacer que par un autre mal, le seul qui puisse d’être comparable.
Le mal n’existe plus, le mal n’existe pas.

***

Souffrance, celle qui a du jaillir d’elle, la souffrance de toute sa silhouette, cette souffrance dont elle ne se rendait même peut-être pas compte encore, souffrance des prochains jours, souffrance de la conscience des regards remplis de pitié, souffrance – qui va venir… ! – quand elle deviendra une femme
« Le monde, la politique, les grands auteurs des lois à la salopard et les petits façonniers-servants lâches et bureaucrates – tout ce troupeau se fiche de toi, Petite Mendiante… ! »
…Je la regardais avec cette pensée : que si le monde n’était pas jusqu’à ce point injuste, la fille aurait pu dormir maintenant près des parents qui appartenaient à la grande famille des « avec-papiers », et qui ne lui ordonneraient pas de devenir une petite mendiante, une plus grande mendiante, une petite salope, grande salope… et – qui sait… ! – elle aurait pu apprendre le violon ou le piano le matin, ou lire les « Misérables » pendant un bel après-midi, apprendre sur les horreurs comme sur les faits abstraits qui s’exercent seulement derrière les montagnes ou dans la rue à côté, et être convaincue qu’en apprenant des livres, en entendant les mots et sans vivre tout ça, elle, elle en apprend vraiment…
Penser, comme le pensent tous ceux « d’ici », tous ceux se trouvant « sous protection »…
Et rire… rire, de l’aube au soir… !
Ou au moins savoir qu’elle le peut et qu’elle en a le droit.
Ne pas ressentir le rire des gens comme une grimace déplacée et consternante.

***

…J’ai posé mes mains sur ses joues, et son petit visage s’est trouvé comme le contenu de mes mains.
Je l’aimais tellement, cette Fille Étrangère, les yeux noirs, et la faim qui vivait dans ces yeux-là.
Je pensais aussi : « Elle va me haïr. Puisque je ne lui donne pas d’argent, ni de monnaie ni de billets, elle va me haïr, ils sont comme ça, eux tous : et au bout du compte ils ont raison, ils n’ont pas d’autre choix… »
Elle m’a regardé.
Elle m’a souri.
Je me suis rendu compte que déjà depuis quelques instants elle avait arrête de répéter sa demande mendiante, elle continuait maintenant de me regarder, le métro a commencé à ralentir, et la mère a commencé à appeler sa fille.

CLXXXVIII


La fille est partie.
Eloignée, elle restait maintenant tout près de sa mère, et tout près de la porte.
Seulement à quelques pas du siège où elle avait laissé Lilith.

CLXXXIX


– Alors cette fille, visiblement ayant dit à sa mère qu’elle n’avait pas ramené d’argent de ma part, me regardait après tout ça, depuis la porte encore fermée, et en me souriant – et elle continuait à me sourire, elle continuait tout ce temps-là, et son sourire…
Je n’ai jamais vu un tel sourire chez les petites Filles Mendiantes.
Elle me regardait et elle m’a fait une signe d’au revoir.
…« Où… ?! » – j’ai crié en moi.
« Où… ?! »
Un diable seulement pourrait le savoir.

CXC

– La fille restait devant la porte du métro – toujours encore fermée – et elle refaisait maintenant ce signe-là, et elle continuait à me regarder, et elle aimait me regarder, et moi…
J’aimais la voir.
Comme ça.
Je voulais que le temps puisse s’arrêter ici – et qu’elle ne vive jamais les journées menaçantes de l’avenir.
Quand la porte s’est ouverte, la petite figurine de belle Enfant a pourtant suivi sa mère, que je rêvais qu’elle ne suive jamais, mais elle l’a suivi en m’envoyant encore ce signe – son au revoir – en bougeant sa petite main.
Apparemment, même si chaque jour elle était formée par les ordres et le devoir de ramener de l’argent aux adultes, et censée le faire, et même si la valeur de sa personne fixée par les adultes de son clan, ne se comptait que par cette mesure-là, celle de son effectivité : « Combien peux-tu apporter… ? » – elle avait encore des besoins pas tués et pas édulcorés ni atténués, comme tous les autres êtres humains, ceux vivants dans les conditions qui permettent de les avoir : des besoins parmi lesquels peut-être celui qu’on lui prenne son petit visage dans les mains et qu’on l’étreigne, étaient parmi les plus importants.
Besoin de ce qu’on peut acheter contre l’argent, et besoin de ce qu’on ne peut acheter jamais.
Il y a des choses que tu ne peux acheter contre aucun argent, mais c’est le fait si tu l’as, qui décide si elles puissent exister.
E n  toi.
P o u r  toi.
En autres – qui sont comme toi aussi.
La petite fille va mendier alors.
Peut-être avec le temps, elle tombera dans les griffes d’un salaud ou d’une charogne, ressemblant à ceux que Lilith connaissait si près, imprudemment et mortifèrement pour lui-même dépassée par l’un d’e u x, celui de la rue Montmartre…
La vie n’est pas juste… !
La vie est une salope.
La vie est une salope et la fille dont le visage pour une fois ressentait la chaleur des mains d’une Louve, ne pourra jamais lire les « Misérables ».

CXCI

…Ce qui était curieux et étrange, c’est que tout après elle, sa place a été prise par une apparence d’un mendiant français, parole sans accent Étranger et visage aux traits bien européens : résigné et maniable.
Si tout ça se passait dans la rue, Lilith ne se serait arrêté jamais.
Elle a décidé de ça depuis les premiers refus des droits pour la « SANS PAPIERS » qu’elle était elle-même ; elle a décidé de ne s’arrêter jamais devant les mendiants français, tous aux accents impeccables même si le lexique était nécessiteux et miséreux, tous avec tous leurs papiers dans les poches des pantalons defaçonnés et déformés, comme defaçonnée et déformée était leur propre dignité, tous sans l’envie ni la fierté de se Battre, tous semblant ne pas connaître ces mots : force, gagner, essayer moi-même, ni victoire.
Elle ne s’arrêtait jamais alors : ayant honte elle-même du fait qu’ils puissent
d e m a n d e r  et qu’ils  v i v a i e n t  e n  d e m a n d a n t, cachés pourtant sous les ailes de cette grande machine qu’on nommait ici machine d’assistance, qui prenait les commandes de  l e u r s
v i e s  et qui les changeait en
s a n s  a b r i s  m e n t a u x  aux psychiques frêles – pour qu’ils puissent demander toujours et pour qu’ils  D O I V E N T  le faire.
« C’est plus facile de diriger un pays saoul » – elle s’est répété la phrase sans doute véritable, et laquelle connaissaient bien évidemment tous les politicos de cette terre et de chaque contrée*.
Elle ne s’arrêtait jamais.
Maintenant pourtant le mendiant ne se trouvait pas dans la rue et elle ne pouvait ni le doubler, ni traverser en vitesse, dégoûtée par son air de DEMANDEUR BLASE.
Maintenant, tout était dans le métro, et elle n’avait pas grand choix ; il ne restait que la décision : regarder ou pas.
Voilà alors, nous avons devant nous le mendiant français, ramolli et rendu amorphe par l’habitude d’être aidé, selon tout ce qu’on nous conseille dans ce pays connu comme un pays des vitres brillantes et des vitrines éclatantes, pays dans lequel tous tiennent à se nommer les individualistes et où soixante pourcent des êtres humains au moins vit en profitant de la pitié de l’autre : si ce soit par le biais du système fournissant les maîtres assistants et les psys au volant de vies des patients dépouillés de leur propre force, ou si ce soit pas le biais de ceux qui – desinstitutionnalisés – auront personnellement pitié d’eux en les regardant.
Le mendiant français à l’accent impeccable tendait maintenant la main aux gens dans le wagon et récitait sa plainte.
Elle l’a toisé avec un dégoût et un déshonneur, dont elle se rendait compte que ce n’était pas elle qui aurait du en ressentir – elle les a ressenti pourtant, au vu d’un homme bien bâti et faisant penser à l’apparence d’un petit taureau, avec ses bras tombants tout au long de son corps : « Voilà un mendiant faisant l’impression d’un boeuf » – elle a pensé. – « Un boeuf ayant pourtant tous les droits à ne pas l’être, et à être plus que ça ».
Sa silhouette musclée et son accent sans faute, à l’opposé de la situation dans laquelle il avait décidé de se présenter au public, ne cessaient de la choquer.
Elle avait pourtant du déjà s’habituer aux silhouettes des hommes asthéniques de France : leur finesse qui pourrait signifier la beauté finissait souvent dans l’attitude docile et cotonneuse : des bras tombants sans énergie, des regards dressés et des têtes penchantes.
Mais ici, la tête penchante et les bras sans énergie appartenaient à un personnage dont en plus le galbe était rare.
La tête penchante et les bras sans énergie, tellement différents dans leur manque de dignité du visage de la fille Roumaine, Gitane ou Russe, qu’elle avait vu il y a seulement un moment…
La tête penchante et les bras décontractés, disant tellement clairement sur l’incapacité quelconque à Lutter et à Batailler.
Lilith a détourné enfin ses yeux.
– S’il vous plait, auriez-vous un euro… ? Ou un ticket restaurant à me donner… ?
Le visage de l’homme baraqué aux gros bras sans énergie avait l’expression d’un chien battu.
Lilith ne savait pas ce qu’était un ticket restaurant.
– Comment vous pouvez faire ça… ? – elle a crié en elle, et puis elle a crié à lui. – COMMENT, vous pouvez, pouvez-vous de me le dire… ?!
Il l’a regardé comme apeuré par le volume imprévu de sa voix.
– Dites-moi – elle a crié encore. – Etes-vous… Etes-vous Français… ?
Peut-être se trompe-t-elle, peut-être son accent impeccable n’est-il que la preuve de sa Bataille, la Bataille d’un Étranger au grand talent, qui avait appris  l e u r  langue, et qui était arrivé même d’atteindre de parler avec la même musicalité – mais peut-être, il est comme elle, elle était, peut-être lui non plus, comme elle avant, n’a aucun droit de se  s a u v e r  dans cet « ici » hostile … ?
Il a penché ses bras encore plus bas, et il a courbé son dos avec encore plus de l’air de la soumission.
Sa tête était maintenant à la hauteur des yeux de Batailleuse.
– Je suis « d’ici » – il a murmuré. – Pourquoi me demandez-vous ça… ?
Toujours avec cette même posture : celle de quelqu’un qui se trouve plus bas que ceux qu’il sollicite, de quelqu’un qui l’avoue, de quelqu’un qui ne ferait jamais le moindre geste pour le nier et prouver qu’il est autrement.
– Et pourtant vous avez tous les  d r o i t s : NE PAS DEVOIR VENDRE VOTRE DIGNITE… ! – Lilith n’a pas pu ne pas éclater, indignée. – Ayant tous les  d r o i t s : COMMENT vous pouvez vous autoriser à vous autoprocurer une humiliation… ?! Hu – mi – lia – tion… ! – elle clamait. –  V o u s, avec tous  v o s  papiers, et avec toutes les opportunités à vivre sans toucher de la saleté, COMMENT
pouvez-v o u s… ?!
Il avait l’air étonné et ses yeux se sont enfuis en regardant le sol, il baissait ses bras encore plus et encore, et elle pensait que ça n’allait jamais finir, et que baisser les bras encore plus était impossible, et qu’il a atteint le dernier point de l’autohumiliation, et il baissait ses bras malgré que ce semblait impossible, il baissait ses bras, et…
« Il était né sur cette terre et en ce pays – elle pensait. – « Pays dont il parlait la langue depuis sa naissance, et pays duquel personne ne voulait jamais l’expulser, ni personne ne lui annonçait qu’il a bien sûr le droit à y exister : mais pas de se
s a u v e r, pas celui de créer, de gagner sa vie, d’être apprécié et pas étranglé… Sur-Vivre… ! Courtement, personne ne lui annonce jamais de démarche entamé : en vrai égale de celle de le
t u e r.
Né sur cette terre et en ce pays, ayant tous les  d r o i t s  d’u n  h u m a i n, et les ayant pour la Vie, dans un pays qui protège ses  a s s i s t é s  plus qu’un pays quelconque de ce monde
COMMENT, il peut me demander quoi que ce soit… ?
COMMENT, ce pauvre et ce triste : triste, parce que pas Batailleur, peut… »
(- « Tu n’as pas d’empathie, Lilith… ! Tu n’as pas d’empathie, l’auteure… ! Quel manque d’empathie… ! »
– Taisez-vous… ! Fermez vos gueules… ! – je crie. – Fermez-les.
Car c’est justement parce que je l’ai, j’ai en moi un tel dégoût.
Je m’arrache là où vos corps grasseux et vos esprits calmes ne tremblent même pas à un grain, et je me secoue là où vous regardez avec vos yeux vides des passants.
Je me révolte là où vous laissez quelques centimes pourris de votre lâcheté, pour vous calmer vos consciences. Ôoo, quelle empathie j’ai… ! Et c’est justement parce que je l’ai, j’ai en moi un tel mépris, une telle répulsion et une telle nausée.
Je m’imagine dans sa peau – la peau de ce  m i n a b l e  – et je sais qu’aucun être fier, et qui a sa dignité, ne pourrait pas de faire ce qu’il fait, sans faire mourir une partie importante de son âme. Je m’imagine dans sa peau – et alors de premier moment je m’arrache avec le cri d’horreur – car je sais : que dans sa peau… je me mépriserais.
Avez-vous plus, d’empathie, vous : les passants lâches… ?!)
– …Vous avez la malchance – elle dit alors, la voix stridente et métallique, qui s’enfonce dans la chair et l’âme de celui qui lui demande, et qui ose lui demander, la voix, les mots comme les parties métalliques de voiture, comme le béton et comme la pierre. – Vous avez la malchance. Puisque la première chose que je sonde, depuis que je peux entrer dans le métro moi-même, librement et sans sauter par les barreaux : c’est…
« Etes-vous Français ?! » – voilà ce que je demande.
Et si vous tendez vos mains vers moi…
Garez-vous.
Garez-vous, si vous en êtes un.
Elle ressent que la Rage.
Rage omnipuissante, dépassant tout et tout prenant dans sa possession.
– …Car tu n’as jamais vu avant des hommes comme ça – dit Sorcière-mère. – Avant que tu es débarquée sur ta nouvelle terre, dans ce nouveau pays, qui n’a jamais devenu le tien et qui ne le deviendra jamais.
Tu es une Femme de l’Est, tu es une Batailleuse.
Ceux que tu vois ici, tu ne peux pas les voir que comme les enfants aux corps mous et aux âmes inertes, ou comme les femmes de jadis ; et aujourd’hui, ta rage est logique – car en plus de tout, tu te rends compte que tu as pensé que tu puisses aimer l’un d’eux, et tu as ouvert ton cœur pour aimer un d’eux : un lâche.
Mieux tu ferais si tu aurais tombé amoureuse d’une femme, ma soeur… car – une Femme de l’Est, une Femme que tu es – ne peut voir comme les femmes de ce qui se nomme les hommes ici. Tu vois leur manque de force, tu vois leurs regards perdus, et tu vois leurs corps sans muscles comme leurs âmes des démunis… Tu vois leur influençablité et leur dépendance. Tu vois leurs assistants, qu’ils ont besoin pour diriger leurs vies –  et tu ressens l’indignation et la révolte.
Ils  s o n t  effectivement comme les femmes d’antan – mais aujourd’hui… même des femmes comme ça il y a de moins en moins.
Mais eux – ils continuent d’être comme les femmes – et une Louve ne peut que se décevoir en voyant la lâcheté de leurs cœurs et la mollesse de leurs cous quand elle décide d’y foncer ses dents.
Et toi… tu as pu te laisser approcher par l’un d’eux… !

***

…« Etes-vous Français ?! » – voilà ce que je demande.
Et si vous tendez vos mains vers moi…
Garez-vous.
Garez-vous, si vous en êtes un.

CXCII

Alors – elle passe toujours : sans s’arrêter.
Elle ne considèrera jamais les mendiants comme des êtres qui soient dignes d’attirer son attention, et elle va les voir comme ceux qui ont ôté, et qui l’ont fait volontiers, une dignité – celle qui soit possible et qui leur appartenait.
Dans le passé, elle ne s’arrêtait pas aussi par le simple fait de se rendre compte que souvent, elle n’avait pas plus de monnaie dans son sac que ceux qui lui demandaient l’aumône : elle passait avec la tête haute et ne comprenant pas leur air demandeur ni leurs attitudes privées du moindre orgueil : celui dont elle pensait qu’il naît toujours et grandit pendant une révolte contre les coups venants de la vie et du système.
« Mais pour la révolte… Pour ça, il faut être doué, ma fille… » – lui dit encore la même voix, celle de la Sorcière-mère, celle qui ne la laisse jamais sans connaitre de ses observations perspicaces. Enfin… presque jamais. – « Tu ne t’imagines même pas comme il faut en être doué, parce que tu n’imagines pas non plus de ne le pas continuer : toi – d’arrêter de te révolter, d’arrêter de crier… Mais ma chère, il y a les autres : qui ne le feront jamais. Ils ne se poseront jamais la question d’arrêter – parce qu’ils n’ont jamais commencé. Et ils n’ont jamais commencé, simplement parce que…ils ne l’ont jamais appris.
Jamais  v o u l u ».
…Alors elle passait vite, sans ralentir son pas, devant ces hommes dont la dignité elle sentait comme pas existante, perdue ou se décomposant – mais en s’approchant, le moment de passage, elle sentait aussi un mal, quelque chose comme cette affliction, cette peine, qu’on ressent devant un être qui implore  et demande de la pitié – et dont on sait que par toute expression de son aspect physique : silhouette, posture, regard – il dit aussi : « J’étais obligé d’oublier ma fierté ».
Lilith avait chaque fois l’impression d’entendre pourtant : « J’ai  c h o i s i,  de l’oublier ».
Ou : « Qu’est ce que c’est, cette chose étrange – la fierté… ? »
Alors elle passait en ressentant aussi ce mal et ce regret, et en pensant que c’était quand même dommage qu’elle n’était pas celle qui possèderait plein de monnaie, plein de billets, et même des milliards, avec lesquels elle pourrait mettre fin à l’horreur de ceux qui aujourd’hui demandaient sans cesse : puisqu’ils n’avaient peut-être appris que ça :  de – man – der.
De l’aide, de l’assistance, de l’argent.
« Le gouvernement l’a bien organisé… ! »
« C’est plus facile de diriger un pays saoul… » – et tous les politicos le savent.
Elle passait sans rien  l e u r  laisser, et insensible aux regards comme ceux de brebis, de leurs yeux d’ovins – ou en laissant un petit galet avec le chiffre « 1 » – en pensant que même si souvent elle n’avait pas plus qu’e u x, elle n’avait non plus cette possibilité : de  d e – m a n – d e r, à qui que ce soit sur ce monde, ou sur un autre monde, n’importe lequel,  d e – m a n – d e r  comme  e u x  en étaient  c a p a b l e s.
…Alors elle passait sans rien  l e u r  laisser, et insensible aux regards comme ceux des brebis, de leurs yeux d’ovins – ou en laissant un petit galet avec le chiffre « 1 »  – en pensant que même si souvent elle n’avait pas plus qu’e u x, elle n’avait non plus cette possibilité : de  d e – m a n – d e r, à qui que ce soit sur ce monde, ni sur aucun monde qui existerait – parce qu’elle avait quelque chose qu’ils n’avaient pas : la  d i g n i t é, elle passait alors sans rien  l e u r  laisser, et insensible aux regards – ou en laissant derrière elle un petit galet avec le chiffre « 1 » – en pensant que souvent elle n’avait pas plus qu’e u x, mais aussi qu’elle n’avait non plus cette possibilité : de  d e – m a n – d e r – comme  e u x  en étaient  c a p a b l e s  – à qui que ce soit sur ce monde ni sur aucun autre, ni quand le chiffre « 20 » ou « 10 » dans la poche arriverait au zéro, ni quand le zéro changeait en moins quatre cents et les dettes de « SANS PAPIERS » l’obligeaient à vendre de nouveau un morceau déchiré de son âme qui s’effleurait contre le monde des salopards.
Mais ce qui est sûr, est :  n e  –  j a m a i s  –  d e m a n d e r.
Les regards des brebis vont l’écoeurer pour toujours.
Elle passait et elle passera, en acquérant ce savoir et en apprenant les règles suivantes qui dirigent sur cette terre – et dans cette contrée, laquelle touchaient ses pieds, alors aussi – et elle comprenait que dans chaque société, appuyée sur le droit économique, et qui pourtant veut donner l’impression d’être gérée par un droit de l’égalité que l’on sait bien déjà fausse, et donner l’impression de la fraternité qui pourrait se clamer aux visages et aux oreilles des nations unies – …elle comprenait que seuls ceux qui étaient capables d’incliner leurs têtes, faire d’e u x-mêmes : de leurs silhouettes et de leurs postures, les symboles exprimant l’obéissance et la douceur en s’accordant avec
l e u r s  rôles de demandeurs, de perdants et de moutons, étaient les plus accommodés à la vie, et bien sûr plus adaptés que les Batailleurs.
Brièvement, toujours plus appréciés par le pouvoir, qui n’arrêtera jamais de s’efforcer d’amoutonner le plus de peuple que possible, raviver le fonctionnement des nombreux endroits où agiront les accompagnateurs et les ouvriers du système, et de faire exister la machine sur laquelle s’appuie tout le système social d’adoucissement des esprits – « Des esprits qui sans tout cela nous pourraient devenir trop dangereux… ! » – alors le pouvoir : que va-t-il faire d’autre, que d’assurer aux êtres domptés tout l’éventail des avantages – s’ils seulement continuent de se rendre dans les bras des directeurs de leurs vies… ?!
Et si tu n’es pas l’un d’e u x : l’un de ceux, qui tiennent les volants des lois, ceux qui prennent les décisions économiques, décident sur les paragraphes des codex et les verdicts des parlements… il faut mieux que tu deviennes l’un de ceux qui  e n g e n d r e r a  l e u r  p i t i é, mon vieux… ! – parce que pour ceux qui  e n g e n d r e n t  l a  p i t i é, les dirigeants des sociétés et la politique-même réserve les actions et les réactions pleines de bon cœur, ils tiennent à avoir la gueule du bon cœur… !
Ce sont ceux qui  e n g e n d r e n t  l a  p i t i é  et le regret, que n’hésiteront jamais à protéger les politiciens – ayant toujours leur fort intérêt à les protéger : « Car quel danger y-a-t-il à renforcer les brebis et les moutonnés… ?
Par contre, ces êtres pour toujours sans force, ceux dont on est sûr qu’ils ne deviendront jamais dangereux – nous assureront une belle possibilité, de nous coller l’image d’un pouvoir hu – ma – in… !, et voilà la ruse, voilà ce qui importe le plus devant les élections suivantes… !
– Sinon… – ici Lilith a souri légèrement. – Si tu choisis la Bataille, prépare-toi à recevoir  l e u r s  tentatives, qui seront celles de te Tuer.
Parce qu’ils n’autorisent jamais l’augmentation du nombre de Batailleurs, dans les frontières de
l e u r s  p r o p r e s  p a y s  c e  n’e s t  p a s  a u t o r i s é… !
Les Batailleurs : c’est un problème –  à ex – ter – mi – ner.
Le plus vite possible, s’il vient de l’extérieur.
Ils vont te  t u e r, ma Lilith.
Ils vont tacher de te  t u e r, parce que tu ne te joins pas aux soumis et aux dressés.
Sinon… soit prête de devoir t u e r, toi.
T u e r.
Je sais que tu as suffisamment de force pour ça.
T u  v a s  l e  f a i r e.

CXCIII

Avec cette conscience elle passait alors, presque toujours sans s’arrêter, devant les stands des demandeurs, avec la grande et forte certitude de ne pas vouloir les regarder, et dans l’impossibilité de ne les pas voir en même temps – elle les regardait alors malgré tout, avec d’autant plus d’intensité, de révolte et de morgue, s’ils lui dirigeaient leurs supplications d’aide en français sans accent, et s’ils étaient Français.
Elle passait avec la conscience qu’elle ne va pas et ne doit pas se laisser embrouiller et manipuler par leurs attitudes qui engendraient la pitié : et illogiquement pendant longtemps une seule pitié était ce qui pourtant parfois la ferait prendre la décision de s’arrêter.
La conscience – voilà lui de se trouver devant ceux qui ont vendu leur dignité – était la conscience qui la troublait.
Un jour, quand la Bataille sera emportée, elle va passer comme maintenant et rien ne va changer.
Elle va passer sans s’arrêter – parce qu’elle n’arrivera jamais à trouver de la complaisance vis-à-vis de ceux qui n’ont jamais cherché à Lutter.


CXCIV


Ceux qui engendrent la pitié.
Ceux qui mendient de l’argent.
Ceux qui mendient les sentiments.
Ceux qui mendient – de l’amour… ?
Ceux qui mendient – que les choses soient « plus faciles »… ?
Au lieu de les arracher, à ce monde, de toute la force… ?
Pendant longtemps une seule pitié était ce qui pourtant parfois la ferait prendre la décision de s’arrêter.
Un jour, quand la Bataille sera emportée…
Elle va regarder  l e u r s  yeux.
Les yeux de ceux qui n’ont jamais cherché à Lutter.

 

______________

* Les mots d’Alexandre Nemtsov, de l’Institut des Recherches Psychiatriques de Moscou, expliquant pourquoi le gouvernement russe refuse de priver le peuple de vodka bon marché (« New York Times du 4 novembre 2009 – source : « Le Point », n-ro 1939/2009)

© Balladyna De Tempête/SDGL 2010

UNE LILITH DE PLUS.
HISTOIRE D’UN MEURTRE LEGITIME
/FRAGMENTS DU LIVRE
ACTUELLEMENT EN REDACTION/

 

CCXIX

Une fois, elle a un rêve.
…Un rêve…?
Un jour, elle pense ne plus pouvoir rêver.
 Mais ce jour-là, son rêve est bizarre, étrange jusqu’à la frontière du possible, et exceptionnel – trop fort, presque tangible et concret, et dont la force stigmatise la réalité qu’elle vit, aborde et qu’elle palpe.
Elle monte sur un cheval noir, dont la crinière plane on ne sait si contre les vents ou à leur rencontre.
Et elle galope, avec la tête haute et avec son visage dirigé vers le ciel, et elle galope en sachant que derrière elle, elle laisse quelque chose de Fou, d’horrible et d’effrayant.
– Serait-ce ça : un enfer… ? – elle entend une voix qui lui vient des cimes des montagnes.
Elle ne sent pas d’effroi, elle vole, et elle s’éloigne.
En naviguant dans l’air, avec ses ailes d’un oiseau noir et avec les griffes d’une panthère, elle hurle – sa voix est celle d’une Fauve de l’Est, qui n’a peur de l’aven, et qui avec un pied vierge passe par les grisailles des purgatoires.
Elle – qui a déjà traversé les abîmes, elle ne se pose pas de question et ne veut plus se rappeler ce que contient celui-ci, quel elle était en train d’écarter, montée sur le dos de son cheval ténébreux, comme seul doit être le démon qui la conduisait en Bataille.  
Ella sait : qu’elle a appris à surmonter les abysses comme personne.
Elle va traverser et surmonter chaque enfer qui se poserait sur son chemin, et qui s’ouvrirait encore – elle va surpasser chacun, pour rêver de nouveau et de nouveau, et encore : et pour aller là où seulement les filles des Sorcières, Vouivres, et les diables arrivent.
 Son rire sera celui du mépris et du dédain : et celui dont seul le diable lui-même pourrait savoir si un jour il se transformera de nouveau, et sonnera avec l’amour et la complaisance.

Ses rêves…?
Quant aux rêves, elle va crier :
– Volons le plus haut possible…!
Les faibles sont ceux, qui ne rêvent que de pouvoir éviter la souffrance, éviter ce qui les menace.
Lilith – la Louve de l’Est est déjà plus loin que les casaniers. 

 CCXX

Son rire…
 Pourrait-il, un jour, se transformer vraiment – et pourrait-il tout revenir comme avant, comme certains pensent qu’il est possible – et de nouveau, pourra-t-il sonner avec l’amour, celui qu’avant, elle connaissait… ?
Elle ne pense pas que cette dernière chose soit possible, elle n’y croit plus.
On ne récupère jamais facilement de ce qui était et qui pourrait être – après la Bataille.
On ne supprime pas – une fois née – l’envie du sang ni la haine.
Pas si la croissance de cette dernière durait des années entières, et si chaque mois – elle augmentait.
Et aujourd’hui encore… elle augmente.
Sur la terre arrosée chaque jour – de nouveau – par les massacres se perpétuant : dans ce pays, sur le continent, et ailleurs.

CCXXI

Głowa podniesiona wysoko.
Une Wilczyca.
Wzrok dziki, spojrzenie godne zabójczyni.
Une Wilczyca.
Włosy na wiatr.
Une Wilczyca.
Dziki śmiech, włosy na wiatr.

______________

* La tête levée vers le haut.
Une Louve.
Le regard sauvage, le regard digne d’une meurtrière.
Une Louve.
Cheveux au vent.
Une Louve.
Rire farouche, cheveux au vent.


L O U P

CCXXII

…C’est possible… ?
Ce Loup, comme ça… ? Après tout ce qui était petit et que tu méprisais… ? Après l’infantilisme tellement beau et tellement triste de Benjamin, après son manque d’intelligence émotionnelle et de perspicacité, après le bavardage, l’artifice et les mensonges, après la myopie et la petitesse, la potinerie, l’hypocrisie et la farce, après les jugements par le cerveau enfantin et après la superficiallité – est-il possible, ce Loup-là… ?
Qu’il existe… ?
La question est la même que celle si après un monde pour lequel tu ressens la répulsion et l’envie de le recracher en total – il est possible un monde digne et humain.
Etre privée des droits – et avoir les Droits… ?
Mais est ce que ça peut encore changer ton regard sur ce monde-là.
…Benjamin… ?
Tu t’es laissé avoir, tu es permis de te duper, Lilith : à ses soupirs et regards de gamin affamé : analogiquement comme tu t’es laissée flouer par les regards amicaux des gens « d’ici », et les mots te disant : « Reste… ! Reste chez nous… ! Ce sera super… ! »
Que les gamineries.

***

Les doigts se contractent frénétiquement sur son corps.
Elle n’est plus capable de le toucher délicatement – elle n’est plus capable de toucher son visage, de caresser ses cheveux, les mains se crispent, les mains se crispent et se resserrent, et d’elle-même, de son corps et de son âme profonde s’arrache ce cri – cri de conscience : que ce n’est plus possible, plus possible de vivre les caresses d’aujourd’hui, de cette heure-là, de cette minute puisque on sait que l’heure suivante il faudra tenir et supporter un coup subséquent qui viendra d’ailleurs.
Pas de lui : mais maintenant, il est impossible de renoncer et de rejeter cette agression – qui comme une préparation à la défense, existe en elle déjà.
…Il faudra tenir et supporter un coup subséquent…
Directement à la gueule.
 Un des coups, qu’on ne connaît pas encore au moment de la caresse et dont on ne sait pas exactement ni ce qu’il contiendra, ni de quelle façon, ni sous quelle forme il arrivera – mais dont on sait qu’il viendra : puisqu’on sait que les règles de ce monde, de la loi, du système, ne seront pas différentes ce soir de ce qu’elles étaient hier. « Alors c’est moi qui vais frapper.
Frapper… !
Frapper.
Frappe alors… ! »
Elle le fait partout où elle peut.
A la gueule.
Au visage…
…celui écœurant, le visage de cet univers indigne et insidieux.
Pour être plus vite et plus rapide que l’attaque qui va venir, elle le sait.

***

Ses lèvres s’approchent des siennes.
A cet instant, elle donnerait toute son âme pour pouvoir oublier l’enfer – celui qui était, et celui dont elle a conscience de l’arrivée, et qui n’est pas encore terminé, malgré…

…Oublier.
Seulement pour ce moment.
Si c’est possible.
Et ne jamais se rappeler.

***

Ne jamais vivre l’enfer.
Mais l’enfer – ça ne s’oublie pas.***

Ni dans les années à venir.
Ni même quand tu toucherais le ciel.
Ni demain.

CCXXIII

Elle est seule.
Elle ne veut personne, elle veut rester sans devoir sentir une présence humaine près d’elle.
Mais les doigts se contractent frénétiquement sur…
A ce moment, elle sent qu’elle hait tout le monde – ou… qu’en tous cas, elle hait le monde qui l’entoure « ici ».
Elle sait…
…elle sait que ni son âme, ni son corps – ne pourront jamais appartenir à un mortel, à personne qui viendrait de cette terre – qu’elle a connu comme celle de son extermination et de son bagne.
Ne pas désirer – personne – qui serait l’une « d’ici ».
Ne pas vouloir, ne pas désirer : car aujourd’hui, elle méprise les humains : ceux que il y a longtemps elle pensait aimer – mais ce temps-là… a-t-il vraiment existé… ?
L’amour pour ce monde – serait-il seulement la naïveté, serait-il possible sous la condition de la naïveté, celle de ne pas avoir vécu certains enfers… ?
Elle pense : « La force – elle est là : ne pas souhaiter », et peut-être au bout du compte ne se trompe-t-elle pas, éprise de ce désir d’indépendance et ayant acquis la conscience que dans tous les cas, personne sur cette terre n’est chère pour personne – si elle n’en ait pas de droit.
…A VIVRE.
Si on t’enlève ton droit à VIVRE – tu n’as pas de droit à aimer non plus.
« Jamais désirer personne » – elle se le dit alors, et elle n’imagine même pas qu’elle puisse encore accepter près d’elle qui que ce soit. – Ni rien de personne. Ne pas faire confiance.
Il y avait eu trop d’elle : de son corps et de son âme, qu’on voulait lui arracher.
Jamais alors un être humain ne traversera ses frontières.
Elle – Lilith – elle les a aussi – et elles sont indépassables : elle va les défendre même si elle devrait en mourir.
Elle va être : seule.
Marcher seule.
Courir – seule.

Se défendre de chaque téméraire qui oserait ne pas le respecter.
Et elle sait que se défendre – signifie : attaquer.
Et que attaquer : n’est que mordre ; elle va mordre alors – elle, une Louve, elle – celle qui à la fin de tout cet enfer – vaincra.

…Elle va rire ce moment-là : furieusement, et elle va rire de ceux qui – comme les pauvres et apeurés – vont fuir les bras tendus devant eux, et avec les tissus de leurs vêtements en débandade, volant autour de leurs corps tremblants…
Et elle va rire.
Elle – une Louve.
Visage caressé par le vent.